A 24 ans, Rose C. est une jeune divorcée mère d’une petite fille de 4 ans
qui vit avec son père dans un quartier tranquille de la banlieue nîmoise. Dans la nuit du 10 ou 11 avril 1952, Rose C. se trouve en pleine garrigue, dans le mazet familial, où elle est venue
chercher quelques affaires qui lui permettront de donner à sa fille en pleine croissance un « lit de grande ». Son récit a été publié dans Rencontre avec les
extraterrestres paru en 1979 aux éditions du Rocher.
Rose est réveillée par les grondements de ses
chiens. Excités par quelque chose qui se trouve à l’extérieur, ils grattent la porte, veulent sortir. Rose entrouvre, les laisse aller puis, ne les voyant pas revenir, se décide à les suivre.
C’est en les cherchant qu’elle va être éblouie par « un éclair de lumière blanche ». Après le « flash », elle est surprise de trouver devant elle un homme qui lui adresse la
parole. A cette première rencontre va s’ajouter celle avec trois « géants » d’environ 2,35 mètres. Tous quatre lui demandent des livres. N’importe quels livres… Elle leur remettra de
vieux livres et journaux, quelques spécimens de pièces et billets de l’époque. Effrayée, Rose se montre quand même curieuse face à ces visiteurs et ils l’informent qu’ils viennent des étoiles.
Elle voit également un engin gris mat, énorme, de la forme d’un immense « canotier », immobile dans les airs à plus d’un mètre du sol et qui semble attendre, du moins le suppose-t-elle,
son équipage.
Au fil de la discussion, l’individu de taille
normale lui révèle qu’il serait en réalité le seul Terrien du groupe. Il serait même de nationalité française mais vivrait avec les extraterrestres depuis 20 ans. En outre, dans leur monde, le
temps ne s’écoulerait pas de façon similaire à celui de notre planète. Lorsqu’il invite Rose C. à suivre la même voie que lui, celle-ci refuse en songeant à sa famille qu’elle serait obligée
d’abandonner.
Ils l’informent également qu’ils seraient
venus sur Terre pour récolter des échantillons de plantes, de roches et d’autres matériaux dans le but d’étudier les conséquences des explosions atomiques sur l’environnement planétaire. Ils
semblent très concernés par notre devenir, étant donné que « Tout ce que vous avez sur Terre, nous l’avons aussi » : tout aurait été amené par leurs lointains
ancêtres. C’est ainsi que nous apprenons que la Terre a été terraformée et que la vie y a été introduite par ces entités. Les hommes d’aujourd’hui descendraient également d’eux mais, « au fil des générations, tout a rapetissé » sur notre
planète. On peut noter au passage que l’évolution humaine semble prouver le contraire : nous sommes plus grands que nos lointains ancêtres dont nous avons retrouvé la trace sous forme de
squelette par exemple.
Rose C. a aussi appris les raisons de la
terraformation du globe : les extraterrestres auraient eu besoin d’une planète pénitentiaire pour y déporter, après amputation d’une partie de leurs connaissances, les criminels en tous
genres. Nous serions donc, à l’image d’une bonne partie des Australiens, des descendants de prisonniers. Au moins un autre monde habité existerait dans les étoiles. Il serait peuplé de
« petits hommes » spécialistes de la miniaturisation ! Les extraterrestres de Rose C. ne semblent pas non plus dépourvus de tout talent dans le domaine technologique. Elle raconte
qu’elle aurait assisté, sans toujours en comprendre la raison, à des démonstrations de télékinésie, de téléportation ou de « missing-time ». Enfin, lorsque la « soucoupe » décolle, un minimum de bruit est perçu, un peu comme le ronflement d’un ventilateur.
Certaines informations peuvent sembler
vaguement inquiétantes. Les visiteurs, tout au long de leur discussion, font preuve d’un grand respect de la vie sous toutes ses formes (jusqu’à celle des rats qui ont envahi le placard où
étaient entreposés les livres et revues). Rose C. est ainsi mise en garde : « Tous les 12 000 ans à peu près, vous (les Terriens) déclenchez un cataclysme avec vos
expériences ! » S’agit-il là d’une tentative d’avertissement ? Cette phrase rejoint les théories développées au milieu des années 1990 par Graham Hancock dans « L’empreinte
des dieux ». Lui aussi fait remonter à cette période la dernière grande destruction dont aurait eu à souffrir l’humanité.
Rose C. avait l’habitude de démentir toute
idée selon laquelle, suite à cette expérience, elle se serait sentie missionnée d’une quelconque façon. Pourtant, le récit qu’elle fera de sa vie laisse planer un doute. Dès le lendemain de son
observation, au moment de couper des lilas pour les ramener dans sa maison de banlieue, elle « sent » les fleurs se révolter contre ce « mauvais traitement » qu’elle est sur
le point de leur infliger et abandonne son projet. Ce sentiment, cette perception extra-ordinaire, serait né de l’enseignement transmis par l’un des géants. Là encore, on peut être surpris par le
fait que les E.B.E. avaient auparavant prélevé des échantillons de plantes…
Le monde paraît plus beau à Rose après cette
visite. Tout cela ressemble fort à un conte philosophique à la Paul Coelho. On retrouve des éléments du culte chthonien, du culte de la Pachamama, la Déesse Mère, la Terre. Rose C. raconte :
« Je m’agenouillai un peu comme l’on s’agenouille pour prier et je caressai la terre avec mes mains. Elle était sèche. En garrigue, c’est toujours ainsi… Je mouillai mes doigts avec de la
salive et les passant sur la terre les reportai à ma bouche. Je goûtai la Terre… J’étais là comme un bébé ayant sur la langue quelques gouttes du lait de sa mère… Comme lui je goûtais la saveur
de ce lait que m’offrait ma Mère la Terre… Soudain mes yeux se brouillèrent et les larmes roulèrent sur mes joues. J’étais en proie à une émotion jamais ressentie avec une telle
intensité ! » Et plus loin : « J’aimais la Terre et tout ce qu’elle contenait. »
Ce témoignage, ces informations sont le fruit
du travail d’une équipe de V.E.R.O.N.I.C.A. et en particulier de Charles Gouiran qui s’est très vite saisi du dossier et lui a porté une attention toute particulière. Les propos de Rose C.
ont été méticuleusement recueillis avant d’être publiés.
Robert Lascols a adhéré à V.E.R.O.N.I.C.A. en 1974, alors que
l’association venait de naître. Mettant un point d’honneur à toujours privilégier l’aspect matériel et concret du phénomène, il a suivi de près le
travail effectué sur l’observation de Rose C. et y a même pris une part active.
Il se souvient qu’une querelle est apparue au sein de l’association quand
il s’est agit de publier les résultats du travail effectué sur Rose C.. Un membre de l’association, Jean-Pierre Monteil, ayant exprimé son désir d’écrire un livre sur l’histoire de Rose
C., il lui fut répondu par Charles Gouiran qu’il n’était qu’un écrivaillon et que ce travail requerrait quelqu’un de plus grande envergure. A partir
de là, tous deux s’employèrent à se discréditer mutuellement jusqu’à ce que, finalement, C. Gouiran l’emporte et publie le livre.
Cet épisode est particulièrement révélateur des tensions qui pouvaient
exister à l’intérieur de l’association à ce moment là.
Robert Lascols a longtemps été le gardien des archives de
V.E.R.O.N.I.C.A.. Certaines informations y ont été conservées qui ne furent pas incluses dans l’ouvrage de Charles Gouiran sur Rose C..
Les enquêteurs du groupement ont pu interroger un jeune témoin, un enfant de moins de 10 ans qui
résidait dans les années 1950 à Arrigas, à l’ouest du Vigan, encore dans le département du Gard mais à peine à quelques deux kilomètres de l’Hérault, qui leur a fait un récit bien étrange où
il était question d’une « mamée » sortant d’un engin extraterrestre. En langage du sud, une « mamée » est une mamie, une femme d’un grand âge, une grand-mère…
D’après le témoignage de Rose C., la « mamée », c’était elle.
Il y a là de quoi remettre en cause certains éléments du récit de la célèbre contactée. En effet, Rose C. est alors âgée de… 20 ans ! Comment un enfant, même fragile et perturbé par la
vision d’une expérience hors du commun, pourrait-il confondre une personne jeune, à peine sortie de l’adolescence, avec une « mamée » ? Certes, les enfants éprouvent naturellement
des difficultés à évaluer l’âge des adultes, mais peuvent-ils réellement confondre jeunesse et vieillesse ?
Cette information ne se trouve signalée nulle part dans l’ouvrage de
Charles Gouiran. En tant que président de V.E.R.O.N.I.C.A., il est peu vraisemblable que cet aspect de l’enquête lui ait échappé mais cela reste possible. Toujours est-il que ce témoignage jette un voile sur la crédibilité du récit tel qu’il a été fait par Rose C..
Robert Lascols, qui a rencontré Rose C. en 1979, a développé à titre
personnel une théorie qui cadre avec les faits. Le témoignage de l’enfant mettrait en scène la grand-mère de Rose C. Celle-ci aurait en effet témoigné d’une expérience similaire à celle de
l’histoire de Rose C.. Sa petite-fille se serait ensuite appropriée le récit de son aïeule. Ainsi, sans remettre en cause l’existence d’un phénomène déclencheur, l’authenticité du témoignage de
Rose C. apparaît moins évidente. Il est hélàs aujourd’hui impossible d’interroger la grand-mère, déjà décédée lorsque l’affaire fut portée à l’attention des médias.
D’autres membres de V.E.R.O.N.I.C.A. doutèrent de la version de
l’histoire défendue par Charles Gouiran. Parmi ceux-ci, Michel Guichard, coiffeur nîmois décédé depuis une vingtaine d’années, dont le travail d’enquêteur s’était révélé essentiel puisque c’est
lui qui avait permis de prendre connaissance de l’existence du jeune témoin et de retrouver sa trace. Ou encore Robert Asencio, qui entra en ufologie dès 1960 et fut l’un des premiers à dénoncer,
avec Alain Esterle, l’imposture de l’affaire de Cergy-Pontoise. Il attribue dans l’affaire Rose C. un rôle important à un grand monsieur des débuts de l’ufologie française, Henri René
Guieu, plus connu sous le nom de Jimmy Guieu.
Né à Aix-en-Provence le 19 mars 1926, Jimmy Guieu fut l’un des premiers
français à se pencher sur le dossier des objets volants non identifiés. Jusqu’à sa mort le 2 janvier 2000, Jimmy Guieu alternera récits de science-fiction et d’ufologie. On se souviendra en
particulier de son engagement en faveur de la véracité du cas de Cergy-Pontoise.
C‘est en tant qu’ami de Charles Gouiran et patron d’une maison d’édition
que Jimmy Guieu intervient sur le dossier Rose C.. Mais Monsieur Asencio voit également en lui une personne qui « fabriquait des contactés ». Selon son témoignage, Jimmy Guieu
introduisait des souvenirs à partir d’une simple observation, et faisait ainsi marcher le monde de l’édition. Henri Asencio n’hésite pas à déclarer que Jimmy Guieu est à l’origine de la plupart
des affaires de contactés de l’époque, y compris celle de Jean Miguères. Ainsi, si beaucoup des cas connus seraient des histoires montées de toutes pièces à des fins commerciales, il ne remet
néanmoins pas en cause la possibilité de l’existence de véritables contactés.
Dans tous les cas, les anciens membres de V.E.R.O.N.I.C.A. qui ont
accepté d’être interrogés conviennent que la publication du livre Rencontre avec les extraterrestres fut aussi une affaire
d’argent.
Charles Gouiran, à qui certains membres de V.E.R.O.N.I.C.A. reprochèrent
dans les années 1970 d’avoir travaillé trop vite et publié trop tôt, était réputé pour avoir du mal à accepter que l’on critique ses méthodes de travail. Les témoignages reçus par l’auteur semblent indiquer qu’il s’était enflammé en prenant connaissance du récit de Rose C.
et qu’il n’avait pas su rester objectif par la suite.
C’est en tous cas à partir de cette histoire que les dissensions prirent
de l’ampleur au sein de l’association. Des cellules virent le jour, les informations furent cloisonnées de peur que certaines ne filtrent jusqu’à Jimmy Guieu. La confiance n’était plus de
rigueur.
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